| Deux
mois après sa publication en Angleterre par l’Architectural Press d’Oxford,
la première édition de «Quantum City» est déjà vendue à 70 %. Dans cet
ouvrage, l’auteur, Ayssar Arida, explore les relations métaphoriques
entre la théorie des quanta, l’urbanisme et l’idée de la ville. Il utilise
la terminologie et les thèmes de la physique quantique pour amener le
lecteur au cœur d’un débat sur les principes, les pratiques et les opérations
de l’urbanisme.
Science du monde subatomique, la physique quantique a été lancée au
début du siècle précédent pour décrire le comportement des atomes et
de leurs particules élémentaires. C’est la théorie scientifique la plus
précise jamais développée. Elle est à l’origine de toutes les inventions,
de la révolution électronique à l’Internet, en passant par la télévision,
le laser et l’ordinateur. Elle promet encore d’autres applications prodigieuses,
des ordinateurs capables de téléportation, genre Star Trek.
Mais au-delà de ses applications techniques, la physique quantique a
produit un véritable bouleversement dans le monde de la science et de
la philosophie. « Elle a démontré, après près de 300 ans d’objectivisme
cartésien et de déterminisme newtonien, que les deux grands hommes,
Descartes et Newton, et même Einstein, s’étaient trompés dans leur vision
du monde, et que les particules élémentaires de la matière n’avaient
rien à voir avec ce qu’on pensait », dit l’urbaniste-architecte Arida.
La physique dite classique, c’est-à-dire la physique qui régnait avant
la découverte de la relativité par Einstein, ou du monde quantique,
croyait que l’univers n’était qu’une énorme horloge mécanique. Instrument
qui répondait à des lois simples et déterministes, permettant de prévoir
l’état exact de l’univers à tout moment futur, tant que l’on pouvait
établir son état dans le présent ou dans le passé. Grâce à ses succès
prévisionnels répétés, la physique classique a inspiré d’autres disciplines,
les incitant à rechercher des lois élémentaires simples pour décrire
leur monde. Il en fut ainsi en particulier pour l’architecture et l’urbanisme,
créant de ce fait, selon Ayssar Arida, des villes-machines sans vie.
« La physique quantique a montré que cette simplification, sous-estimant
largement les problèmes, était fausse et que le monde était infiniment
plus complexe. Les “ nouvelles sciences ” disent que le monde est relativiste,
plein d’issues imprévisibles. Elles ramènent la subjectivité au cœur
de la science, détruisant ainsi trois siècles d’objectivisme », indique
l’auteur de Quantum City.
Le reste du XXe siècle vit le développement de nouveaux concepts, comme
la théorie du chaos, la géométrie fractale, ou la complexité, et toutes
ces idées ont tissé petit à petit une nouvelle vision du monde qu’on
peut appeler la « vision quantique ». À l’inverse de la théorie classique,
qui considérait le monde comme une grosse machine sans âme, la vision
quantique est organique, holistique, écologique, unificatrice et conciliatrice,
ajoute Arida.
Le livre Quantum City déroule sur 230 pages une description de la physique
quantique et des concepts propres aux sciences du XXe siècle de façon
concise et non technique, facilement abordable et compréhensible à quiconque.
L’auteur y use d’un langage conceptuel (métalangage) qui, une fois appliqué
à différentes disciplines, et en particulier à l’urbanisme, produit
une nouvelle façon de voir les choses, et explique mieux le développement
des villes organiquement, à plusieurs échelles. Le nouveau langage permet
un meilleur niveau d’intégration entre les différentes disciplines urbaines
et promet d’être une métaphore puissante pour l’invention de nouvelles
théories pour la ville du XXIe siècle.
May Makarem |